vendredi 24 août 2012

Ce n'est qu'un au revoir

A l'heure où j'écris ce mot, du Groenland, je n'aperçois plus que des ombres dentelées au loin, ses côtes sont maintenant derrière nous. Devant nous, l'océan, et encore plus loin, l'Islande, que nous comptons atteindre dans 48 heures. Nous quittons cette ile, une belle lueur au fond des yeux, conscients de tout ce qu'elle nous a offert pendant un mois, mais il est peut-être temps de prendre le large, après avoir bien usé toutes ses terres, ses baies, ses icebergs, ses glaciers, ses phoques... avec nos yeux.
Nous reviendrons, patience !
Pour l'instant, la vie se réorganise à bord, traversée oblige ! Les coussins du carré se repeuplent, les rires s'atténuent, les repas s'uniformisent.

mardi 21 août 2012

"après ce texte très drôle il faut l'avouer mais tellement deprimant ,j'aimerais lire un texte de Dominique Manny celle qui possède toute la poésie,toute la tendresse tout l'amour qu'il faut pour nous parler de ce voyage
Une lectrice"

Après ce petit commentaire anonyme sur le blog, nous nous permettons un petit mot de précision.
Sommes désolés que ce texte "une parisienne au pays des merveilles" ne plaise pas à tous le monde, mais ce n'était pas le but. Nous, il nous a beaucoup plu et nous a fait tellement rire ! 8 sur un bateau, c'est 8 personnalités différentes et, quelque soit la beauté et/ou la poésie du voyage, ça ne fonctionnerait pas sans humour !

Anne-lise, Sébastien, Dominique, Evangéline, Mariette, Catherine, Lou et Anouk

lundi 20 août 2012

Une parisienne au pays des merveilles

Ces pages vous content mille merveilles, vous font baver d'envie devant des paysages grandioses, qui de l'iceberg ou de l'ours, de l'orque ou du glacier, du fiord ou des lumières nous émerveillera encore plus ? Mais qu'en est-il de l'arrière-boutique, du back office de la fine équipe embarquée à bord de notre voilier des mers, qui fend les flots à toute allure ?
Voiles... vent... nous en rêvons encore ! La V'limeuse assure bien son rôle de péniche à moteur le long des fiords et des côtes du Groenland ! Tiens aujourd'hui, 11h de navigation ! Des fous (il y en a parmi nous) ont décollé à 6h30 du matin... on m'avait dit " vacance "... 11h de moteur ! Et qui dit moteur dit bruit, un bruit sourd et constant, un bourdonnement qui oblige chacun à hausser le ton pour se comprendre ou à monter le son des dessins animés qui abrutissent les gamines (bon, on cautionne tous, ça nous fait des vacances) et envahissent notre quotidien ! Et puis, qui dit moteur dit odeur, les bonnes effluves de gasoil qui emplissent nos narines pourtant perdues dans l'air pur du bout du monde, loin de la pollution de nos villes (enfin, c'est ce que vendait le prospectus) !
En parlant des odeurs, il faut avouer qu'enfermer 8 australopithèques en vase clos à bouffer des conserves et des féculents en boucle, ça vous donne un concert de " pouets " (âmes sensibles s'abstenir). Même en présence de l'ours, dans un moment de tension extrême et de crépitements des optiques, il y a eu un lâché bruyant, c'est vous dire l'état de nos intestins ! Et puis, il faut avouer qu'on ne m'avait pas vendu non plus la vue grandiose sur la porte des chiottes depuis ma superbe bannette de luxe, à 1 m du bout de mon nez... et ils défilent tous, de jour comme de nuit ! Et qui dit WC dit pompe ! Mes nuits sont donc doucement bercées au rythme de la pompe qui parfois s'emballe quand le tuyau se bouche... bref, une belle bande de shadocks !
A cela, vous ajoutez au cocktail le froid et l'humidité, oui parce que nous sommes au Groenland tout de même, pas en croisière en Méditerranée... la vaisselle se fait à l'eau de mer, la même que celle qui berce les icebergs... la toilette se fait, quand c'est possible, dans des vasques d'eau glacée... le duvet reste en permanence humide, sous le goutte à goutte glacé  le chauffage marche mal, encore un truc bricolé par le shadock en chef, il parait que je devais ramener un moteur en remplacement, moteur que je n'ai jamais reçu, quelle organisation ! Donc on se pèle, on se gèle, sans pouvoir rêver de feu de bois, pas une brindille à cramer dans ce pays ! Nous ne brulons que nos poubelles, de nouveaux les odeurs, bien loin de la peau de bête devant la cheminée... Et pour achever le tableau, nous passons nos journées à greloter, agglutinés les uns sur les autres dans une cabane de 4 m”, que le shadock en chef a bricolé sur le cockpit avec 3 bouts de bois, 1 ficelle et 2 clous, pour un résultat sensationnel digne de la période design de l'entre deux guerre... Une bande de touristes romanos dans les fiords du Groenland ! Je vois d'ici le gros titre à sensation en première page du canard local et les ours se bidonner sur la banquise en nous voyant passer.
Car le Groenland, en plus d'être sacrement glacé, proche de l'overdose de glace à faire rêver d'un pastis sec, est une contrée sauvage ! Quelques éléments extérieurs perturbent nos pérégrinations terrestres : des nuages d'insectes composés de mouches noires et de moustiques nous assaillent régulièrement, nous, pauvre troupeau d'humains affublés de ridicules moustiquaires de tête, mais aussi de bombes à poivre ou tout autre ustensile anti ours, car le danger guette (il peut même nous suivre à l'odeur **) ... Rester groupés ! S'éloigner c'est le mal ! A plusieurs on est plus forts et surtout plus rassurés... Paradisiaque !
Je finis ce tableau décadent, pâle copie du radeau de la méduse, car tellement en manque de barbaque qu'on va finir par se bouffer (voir les fantasmes quotidiens de gigots et autres cotes de bœuf saignantes), par le must du must de tous ces petits inconvénients, l'Everest de l'aventure, le 3 étoiles au Michelin pour une parisienne de ma trempe... le mal de mer ! Là, on touche du lourd, voir le fond dirait certains... Au même titre que l'absence de pied marin, il faut me voir zigzaguer à la moindre houle, l’œil vitreux, la lèvre baveuse, le neurone qui lâche, la chute molle qui guette. Alors je m'accroche à la barre, fixant l'horizon, à l'abri de la cabane, observant cette mer qui me malmène et me captive, essayant à chaque instant de combattre ce mal insidieux, assassin. Le pied !
Et puis, vous prenez le tout, vous le mélangez à coup de grandes envolées lyriques et ça vous donne un grand moment de solitude vécu : recluse dans la cabane derrière la barre depuis 3 bonnes heures dans une marmite de vagues au milieu d'icebergs menaçants et affutés comme des lames sous ce ciel gris plombant, combattant les remontées internes de liquide chaud, serrant les fesses à l'idée de devoir descendre dans l'antre de la bête pour aller aux toilettes et n'en pouvant plus, je prends mon courage à deux mains. Descente en apnée... 8 mètres me séparent de la cuvette des WC... je n'ose respirer... j'avance, je me cogne dans cet univers où tout devient hostile... je m'accroche à ma bannette, me tourne vers la porte et me jette dans le cœur du monstre... j'essaye de me déshabiller en hâte, entre mes doigts glacés et les multiples couches... enfin, je peux me lâcher... et ça brasse, ça tourne, ça cogne, la lunette se défait, je glisse dans ce réduit glauque et me prend la porte de face, mal à la tête, quelle galère ! ... les minutes passent, je combats la bête en moi, me rhabille... la pompe, le nez dans la cuvette, je pompe toujours en apnée... tuyau bouché... j'veux crever ! ... je repars, 8 mètres encore, le bourdonnement du moteur incessant, mes tympans implosent ... sur un fond musical des Cités d'Or, une gamine se jette sur moi en hurlant : " je veux toi pour colorier ", *dégage sale môme* ... l'échelle enfin vers le ciel, un ours l'obstrue, lui ou moi, l'ours ou le vomi, où est le fusil ? ... univers hostile ... je reprends la barre, respire de nouveau le bon air du Groenland sous les effluves de gasoil ... je suis au top ! Quelle belle aventure !


samedi 18 août 2012

Le premier ours

4 heures du matin, Seb crie à travers le bateau : un ours, un ours blanc juste à côté du bateau !!!!
Il n'a fallu que 5mn, pas plus, à tout le monde (ou presque) pour s'extirper de son sac de couchage, quitter son cocon de chaleur et se hisser dehors, dans le froid pour pouvoir admirer la bête... Et lui asséner une rafale de clic clac kodac.
L'ours, quant à lui, prend son rôle à coeur et continue son show. Bien décidé quand même à tout tenter pour un possible rapprochement. Sa tactique : décrocher nos amarres bâbord, laisser le bateau se rapprocher de la paroi côté tribord pour ainsi monter à bord. Hi hi hi ! Non, ce n'était pas drôle en fait, en tout cas, pas pour nous. L'ours, de son côté, devait bien se marrer, à voir nos têtes tendues, nos regards fixés sur les amarres que nous avions solidement fixé la veille, aux rochers... Et lisant dans nos pensées : "Il ne va pas y arriver, il ne va pas y arriver !". Il faut tout de même savoir que seulement 3 mètres nous séparaient de lui. Une simple amarre défaite et nous étions bon pour sortir l'artillerie : fusée de détresse, klaxon, bombe au poivre, Bear Bangles... pour le faire fuir. Mais au bout de 30 minutes, après une quinzaine de tentatives échouées, il lâcha prise et s'en alla finalement et tranquillement. Nous laissant seuls avec nos cartes photo pleines et nos sacs de couchage refroidis.


dimanche 12 août 2012

Côte Est du Groenland

Déjà 160 milles parcourus depuis notre sortie du Prince Christian Sund. 5 degrés Celcius ce matin, avec beau grand soleil.
Notre navigation dans cette partie sauvage, sans villages et mal cartographiée du Groenland a pris ses nouveaux repères. Après avoir inauguré notre entrée dans cette zone, en pleine brume et en tapant un énorme caillou à moins d'un mètre sous la surface, nous avons ajusté notre technique d'approche des mouillages du soir. Maintenant, Lise et Evangéline partent en reconnaissance avec l'annexe et sondent les zones moins profondes, à partir de 20 mètres.
Plus nous montons au nord, plus les baies sont chargées d'icebergs qu'il faut souvent longer de près pour avancer vers l'abri repéré sur la carte. A mesure que les fonds remontent, nous laissons derrière les géants de glace jusqu'à ne garder autour de nous quelques glaçons pour l'apéro du soir.
Belle atmosphère à bord. Rigolades assurées. Seb continue d'impressionner son équipage féminin par ses nombreux talents qui vont des diverses réparations à la préparation de repas élaborés par mer houleuse. Mais malgré tout cela, personne ne veut lui masser les pieds, ce qu'il trouve tout à fait injuste avec autant de masseuses potentielles autour de lui....
Anouk cherche toujours ses princes, Lou joue à la grande sœur avec plaisir, Catherine est la seule à prendre des photos au zoom, Lise à faire du pain, Evangéline à filmer avec une aussi grosse caméra, Mariette à nous parler des peuplades d'Afghanistan, et moi à faire des rêves bizarres comme celui d'un australopithèque qui a fait une découverte qui va changer le cours de l'humanité: le pop-corn...
Bref, la vie est belle et nous sommes tous amoureux du Groenland. Il manque seulement la visite d'un ours blanc pour que notre bonheur soit complet.


jeudi 9 août 2012

Séquence émotion

Bientôt nous atteindrons la côte Est du Groenland, fini la mer plate du fjord, fini les visites tranquilles de glaciers, quoique la dernière, pas si tranquille que ça. Voulant prendre LA photo de la V'limeuse devant le glacier, en bons touristes, nous voilà, Dominique, Evangéline, Mariette et Lise tassées sur le dingui, louvoyant entre les glaçons pour tenter de se positionner au mieux pour la photo du siècle ! Sauf que soudain, alors que Seb venait juste de nous faire remarquer qu'il n'était pas très prudent de nous approcher tant du glacier avec notre dingui, un Crac se fait entendre derrière nous ! Un gros bout du glacier est en train de se décrocher, juste à côté de nous ; c'est en voyant sa chute mais surtout l'énorme vague qu'elle génère arriver sur nous que nous prenons peur.
Vent de panique à bord du dingui ! Vite, se rapprocher de la V'limeuse ! A peine une seconde plus tard, façon tex Avery, nous voilà toutes les 4 sur le pont de la V'limeuse, sauvées.
Une chose est sûre : nous n'avons jamais été aussi rapides pour enjamber les filières de la V'limeuse. Et ça a valu un bon fou rire général.


lundi 6 août 2012

On en prend plein la vue !

Nous nous sommes engagés depuis deux jours dans les fjords du Sud Est, passant à l'intérieur des terres au niveau du Kap Farvel, des canaux au milieu d'un dédale de hautes montagnes et de glaciers. Impressionnant ! Poussés par un vent fort (accélération due aux hauts sommets), ne trouvant pas de mouillage assez protégé pour la nuit, nous détectons, sur la carte, une minuscule enclave dans la montagne qui pourrait bien faire notre affaire. Et c'est avec surprise que nous découvrons qu'un petit village niche là. Un endroit comme sorti du temps ; les gens ici vivent avec comme seules issues, d'un côté les pentes abruptes des montagnes et de l'autre, la mer. Nous y passons 24h bien amarrés à un quai bien solide (pour affronter les fortes rafales).
Demain, nous sortirons de ce labyrinthe magique pour découvrir la côte Est du Groenland.