Ces pages vous content mille merveilles, vous font baver d'envie devant des paysages grandioses, qui de l'iceberg ou de l'ours, de l'orque ou du glacier, du fiord ou des lumières nous émerveillera encore plus ? Mais qu'en est-il de l'arrière-boutique, du back office de la fine équipe embarquée à bord de notre voilier des mers, qui fend les flots à toute allure ?
Voiles... vent... nous en rêvons encore ! La V'limeuse assure bien son rôle de péniche à moteur le long des fiords et des côtes du Groenland ! Tiens aujourd'hui, 11h de navigation ! Des fous (il y en a parmi nous) ont décollé à 6h30 du matin... on m'avait dit " vacance "... 11h de moteur ! Et qui dit moteur dit bruit, un bruit sourd et constant, un bourdonnement qui oblige chacun à hausser le ton pour se comprendre ou à monter le son des dessins animés qui abrutissent les gamines (bon, on cautionne tous, ça nous fait des vacances) et envahissent notre quotidien ! Et puis, qui dit moteur dit odeur, les bonnes effluves de gasoil qui emplissent nos narines pourtant perdues dans l'air pur du bout du monde, loin de la pollution de nos villes (enfin, c'est ce que vendait le prospectus) !
En parlant des odeurs, il faut avouer qu'enfermer 8 australopithèques en vase clos à bouffer des conserves et des féculents en boucle, ça vous donne un concert de " pouets " (âmes sensibles s'abstenir). Même en présence de l'ours, dans un moment de tension extrême et de crépitements des optiques, il y a eu un lâché bruyant, c'est vous dire l'état de nos intestins ! Et puis, il faut avouer qu'on ne m'avait pas vendu non plus la vue grandiose sur la porte des chiottes depuis ma superbe bannette de luxe, à 1 m du bout de mon nez... et ils défilent tous, de jour comme de nuit ! Et qui dit WC dit pompe ! Mes nuits sont donc doucement bercées au rythme de la pompe qui parfois s'emballe quand le tuyau se bouche... bref, une belle bande de shadocks !
A cela, vous ajoutez au cocktail le froid et l'humidité, oui parce que nous sommes au Groenland tout de même, pas en croisière en Méditerranée... la vaisselle se fait à l'eau de mer, la même que celle qui berce les icebergs... la toilette se fait, quand c'est possible, dans des vasques d'eau glacée... le duvet reste en permanence humide, sous le goutte à goutte glacé le chauffage marche mal, encore un truc bricolé par le shadock en chef, il parait que je devais ramener un moteur en remplacement, moteur que je n'ai jamais reçu, quelle organisation ! Donc on se pèle, on se gèle, sans pouvoir rêver de feu de bois, pas une brindille à cramer dans ce pays ! Nous ne brulons que nos poubelles, de nouveaux les odeurs, bien loin de la peau de bête devant la cheminée... Et pour achever le tableau, nous passons nos journées à greloter, agglutinés les uns sur les autres dans une cabane de 4 m”, que le shadock en chef a bricolé sur le cockpit avec 3 bouts de bois, 1 ficelle et 2 clous, pour un résultat sensationnel digne de la période design de l'entre deux guerre... Une bande de touristes romanos dans les fiords du Groenland ! Je vois d'ici le gros titre à sensation en première page du canard local et les ours se bidonner sur la banquise en nous voyant passer.
Car le Groenland, en plus d'être sacrement glacé, proche de l'overdose de glace à faire rêver d'un pastis sec, est une contrée sauvage ! Quelques éléments extérieurs perturbent nos pérégrinations terrestres : des nuages d'insectes composés de mouches noires et de moustiques nous assaillent régulièrement, nous, pauvre troupeau d'humains affublés de ridicules moustiquaires de tête, mais aussi de bombes à poivre ou tout autre ustensile anti ours, car le danger guette (il peut même nous suivre à l'odeur **) ... Rester groupés ! S'éloigner c'est le mal ! A plusieurs on est plus forts et surtout plus rassurés... Paradisiaque !
Je finis ce tableau décadent, pâle copie du radeau de la méduse, car tellement en manque de barbaque qu'on va finir par se bouffer (voir les fantasmes quotidiens de gigots et autres cotes de bœuf saignantes), par le must du must de tous ces petits inconvénients, l'Everest de l'aventure, le 3 étoiles au Michelin pour une parisienne de ma trempe... le mal de mer ! Là, on touche du lourd, voir le fond dirait certains... Au même titre que l'absence de pied marin, il faut me voir zigzaguer à la moindre houle, l’œil vitreux, la lèvre baveuse, le neurone qui lâche, la chute molle qui guette. Alors je m'accroche à la barre, fixant l'horizon, à l'abri de la cabane, observant cette mer qui me malmène et me captive, essayant à chaque instant de combattre ce mal insidieux, assassin. Le pied !
Et puis, vous prenez le tout, vous le mélangez à coup de grandes envolées lyriques et ça vous donne un grand moment de solitude vécu : recluse dans la cabane derrière la barre depuis 3 bonnes heures dans une marmite de vagues au milieu d'icebergs menaçants et affutés comme des lames sous ce ciel gris plombant, combattant les remontées internes de liquide chaud, serrant les fesses à l'idée de devoir descendre dans l'antre de la bête pour aller aux toilettes et n'en pouvant plus, je prends mon courage à deux mains. Descente en apnée... 8 mètres me séparent de la cuvette des WC... je n'ose respirer... j'avance, je me cogne dans cet univers où tout devient hostile... je m'accroche à ma bannette, me tourne vers la porte et me jette dans le cœur du monstre... j'essaye de me déshabiller en hâte, entre mes doigts glacés et les multiples couches... enfin, je peux me lâcher... et ça brasse, ça tourne, ça cogne, la lunette se défait, je glisse dans ce réduit glauque et me prend la porte de face, mal à la tête, quelle galère ! ... les minutes passent, je combats la bête en moi, me rhabille... la pompe, le nez dans la cuvette, je pompe toujours en apnée... tuyau bouché... j'veux crever ! ... je repars, 8 mètres encore, le bourdonnement du moteur incessant, mes tympans implosent ... sur un fond musical des Cités d'Or, une gamine se jette sur moi en hurlant : " je veux toi pour colorier ", *dégage sale môme* ... l'échelle enfin vers le ciel, un ours l'obstrue, lui ou moi, l'ours ou le vomi, où est le fusil ? ... univers hostile ... je reprends la barre, respire de nouveau le bon air du Groenland sous les effluves de gasoil ... je suis au top ! Quelle belle aventure !
Voiles... vent... nous en rêvons encore ! La V'limeuse assure bien son rôle de péniche à moteur le long des fiords et des côtes du Groenland ! Tiens aujourd'hui, 11h de navigation ! Des fous (il y en a parmi nous) ont décollé à 6h30 du matin... on m'avait dit " vacance "... 11h de moteur ! Et qui dit moteur dit bruit, un bruit sourd et constant, un bourdonnement qui oblige chacun à hausser le ton pour se comprendre ou à monter le son des dessins animés qui abrutissent les gamines (bon, on cautionne tous, ça nous fait des vacances) et envahissent notre quotidien ! Et puis, qui dit moteur dit odeur, les bonnes effluves de gasoil qui emplissent nos narines pourtant perdues dans l'air pur du bout du monde, loin de la pollution de nos villes (enfin, c'est ce que vendait le prospectus) !
En parlant des odeurs, il faut avouer qu'enfermer 8 australopithèques en vase clos à bouffer des conserves et des féculents en boucle, ça vous donne un concert de " pouets " (âmes sensibles s'abstenir). Même en présence de l'ours, dans un moment de tension extrême et de crépitements des optiques, il y a eu un lâché bruyant, c'est vous dire l'état de nos intestins ! Et puis, il faut avouer qu'on ne m'avait pas vendu non plus la vue grandiose sur la porte des chiottes depuis ma superbe bannette de luxe, à 1 m du bout de mon nez... et ils défilent tous, de jour comme de nuit ! Et qui dit WC dit pompe ! Mes nuits sont donc doucement bercées au rythme de la pompe qui parfois s'emballe quand le tuyau se bouche... bref, une belle bande de shadocks !
A cela, vous ajoutez au cocktail le froid et l'humidité, oui parce que nous sommes au Groenland tout de même, pas en croisière en Méditerranée... la vaisselle se fait à l'eau de mer, la même que celle qui berce les icebergs... la toilette se fait, quand c'est possible, dans des vasques d'eau glacée... le duvet reste en permanence humide, sous le goutte à goutte glacé le chauffage marche mal, encore un truc bricolé par le shadock en chef, il parait que je devais ramener un moteur en remplacement, moteur que je n'ai jamais reçu, quelle organisation ! Donc on se pèle, on se gèle, sans pouvoir rêver de feu de bois, pas une brindille à cramer dans ce pays ! Nous ne brulons que nos poubelles, de nouveaux les odeurs, bien loin de la peau de bête devant la cheminée... Et pour achever le tableau, nous passons nos journées à greloter, agglutinés les uns sur les autres dans une cabane de 4 m”, que le shadock en chef a bricolé sur le cockpit avec 3 bouts de bois, 1 ficelle et 2 clous, pour un résultat sensationnel digne de la période design de l'entre deux guerre... Une bande de touristes romanos dans les fiords du Groenland ! Je vois d'ici le gros titre à sensation en première page du canard local et les ours se bidonner sur la banquise en nous voyant passer.
Car le Groenland, en plus d'être sacrement glacé, proche de l'overdose de glace à faire rêver d'un pastis sec, est une contrée sauvage ! Quelques éléments extérieurs perturbent nos pérégrinations terrestres : des nuages d'insectes composés de mouches noires et de moustiques nous assaillent régulièrement, nous, pauvre troupeau d'humains affublés de ridicules moustiquaires de tête, mais aussi de bombes à poivre ou tout autre ustensile anti ours, car le danger guette (il peut même nous suivre à l'odeur **) ... Rester groupés ! S'éloigner c'est le mal ! A plusieurs on est plus forts et surtout plus rassurés... Paradisiaque !
Je finis ce tableau décadent, pâle copie du radeau de la méduse, car tellement en manque de barbaque qu'on va finir par se bouffer (voir les fantasmes quotidiens de gigots et autres cotes de bœuf saignantes), par le must du must de tous ces petits inconvénients, l'Everest de l'aventure, le 3 étoiles au Michelin pour une parisienne de ma trempe... le mal de mer ! Là, on touche du lourd, voir le fond dirait certains... Au même titre que l'absence de pied marin, il faut me voir zigzaguer à la moindre houle, l’œil vitreux, la lèvre baveuse, le neurone qui lâche, la chute molle qui guette. Alors je m'accroche à la barre, fixant l'horizon, à l'abri de la cabane, observant cette mer qui me malmène et me captive, essayant à chaque instant de combattre ce mal insidieux, assassin. Le pied !
Et puis, vous prenez le tout, vous le mélangez à coup de grandes envolées lyriques et ça vous donne un grand moment de solitude vécu : recluse dans la cabane derrière la barre depuis 3 bonnes heures dans une marmite de vagues au milieu d'icebergs menaçants et affutés comme des lames sous ce ciel gris plombant, combattant les remontées internes de liquide chaud, serrant les fesses à l'idée de devoir descendre dans l'antre de la bête pour aller aux toilettes et n'en pouvant plus, je prends mon courage à deux mains. Descente en apnée... 8 mètres me séparent de la cuvette des WC... je n'ose respirer... j'avance, je me cogne dans cet univers où tout devient hostile... je m'accroche à ma bannette, me tourne vers la porte et me jette dans le cœur du monstre... j'essaye de me déshabiller en hâte, entre mes doigts glacés et les multiples couches... enfin, je peux me lâcher... et ça brasse, ça tourne, ça cogne, la lunette se défait, je glisse dans ce réduit glauque et me prend la porte de face, mal à la tête, quelle galère ! ... les minutes passent, je combats la bête en moi, me rhabille... la pompe, le nez dans la cuvette, je pompe toujours en apnée... tuyau bouché... j'veux crever ! ... je repars, 8 mètres encore, le bourdonnement du moteur incessant, mes tympans implosent ... sur un fond musical des Cités d'Or, une gamine se jette sur moi en hurlant : " je veux toi pour colorier ", *dégage sale môme* ... l'échelle enfin vers le ciel, un ours l'obstrue, lui ou moi, l'ours ou le vomi, où est le fusil ? ... univers hostile ... je reprends la barre, respire de nouveau le bon air du Groenland sous les effluves de gasoil ... je suis au top ! Quelle belle aventure !

Alors, comment te dire.... On te l'avait pourtant dit...!!!
RépondreSupprimerAllez, courage... Ici, c'est dur, il fait très chaud et on cherche les icebergs dans le frigo pour le ricard à prendre bien frais avant d'attaquer la côte de bœuf qui lézarde sur la grille du barbecue...!!
Bises de loin, odeur oblige...!!
Belle envolée lyrique ... je m'y voyais. Merci de ces instants de solitude partagés :)
RépondreSupprimerChristian, un ami d'amis, attentif aux aventure de la V'limeuse et des coups de coeurs de ses passagers.
après ce texte très drôle il faut l'avouer mais tellement deprimant ,j'aimerais lire un texte de Dominique Manny celle qui possède toute la poésie,toute la tendresse tout l'amour qu'il faut pour nous parler de ce voyage
RépondreSupprimerUne lectrice.
Et ben, on dirait qu'il s'en passe des choses chez vous!!! j'espere que d'ici l'islande vous aurez un peu plus de vent et un peu moins de gazoil!!
RépondreSupprimerMoi j'atteri à vers minuit jeudi 6 à reykjavik. (j'ai pas la bonne adresse mail alors je blogg en espérant que vous verrez ce com...)
A bientôt!!
Anto
Catherine on t'a démasqué !....j'ai bien failli me "pisser" dessus !...ça donne trop envie tes vacances !!! bises. Céline, Xavier, Léonie
RépondreSupprimerje suis une amie d'hortense et clément et j'en profite pour vous dire à quel point je suis fan de votre aventure ! les ours, les icebergs, l'herbier !!! j'adore.. bravo!! vous êtes de vrais aventuriers des temps modernes et ca fait du bien à lire ! a+ marion
RépondreSupprimerUn petit bisou bayonnais.
RépondreSupprimerBon courage à tous et bon vent.
Eric
haaa Catherine!! Nous avons reconnu ta 'plume' :) nous avons passez un bon moment à rire de tes mésaventures ! Courage !!!
RépondreSupprimersandrine et coco